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CTION D'URGENCE: incendie à Malibay

Samedi 27, 20 heures. Cornejo Street s'anime plus que d'habitude. La rumeur monte. Je me précipite dehors. Tous les regards sont tournés vers le ciel rougi par d'immenses flammes qui s'élèvent dans la nuit. Je monte sur le toit de notre maison, prend quelques photos. Il semble que l'incendie se soit déclaré près du bidonville où j'ai vécu. Je m'y rends sans attendre.

L'incendie que tente de maîtriser un camion de pompiers de Pasay City a déjà dévoré une centaine de maisons. Il "aurait" démarré dans une petite maison particulière. Par bonheur, il n'y a pas de vent. Les flammes aurait alors déjà sauté la Tripa de Gallena et attaqué la partie du bidonville qui la borde. Néanmoins, ses habitants s'activent à arroser les murs faits de contre-plaqué, de cartons et de bouts de plastique. C'est là que je me trouve; parmi ceux que je connais le mieux. Malgré la largeur de la rivière nauséabonde, la chaleur est insupportable. La partie invisible de ce quartier d'Apleo Cruz embrasé, Barangay 167, "l'intérieur" est principalement habité par les "basuhero", les collecteurs et trieurs de poubelles, les plus démunis de tous.

Le feu a atteint la "bodega", le dépôt de tri où s'empilent des tonnes de journaux, cartons, plastiques en tout genre. Les flammes s'élèvent en un brasier maintenant impossible à maîtriser. Heureusement, il est bloqué au nord-ouest par les hauts murs d'enceinte d'Island Gaz qui met du gaz en bouteille et qui, après avoir connu son propre incendie dix ans plus tôt, a reconstruit son usine avec le maximum de norme de sécurité.

L'incendie se propage le long de la Tripa de Galliena. De temps à autre des déflagrations font sursauter les spectateurs. "Tanke" s'écrient-ils (bouteille de gaz) mais plus encore "balla" (ce sont des cartouches de pistolets car la plupart des gens possèdent des armes). Quatre compagnies de pompiers sont arrivées en renfort. Mais ce quartier, comme la plupart des quartiers de Manille, n'est pas équipé en bouches d'incendie et les combattants du feu ne peuvent compter que sur les citernes des camions.


Finalement, trois heures plus tard, l'incendie affaibli par les arrosages ne peut franchir une ruelle. Seules, deux ou trois habitations de cet autre quartier seront détruites.

Jacqueline Reyes (institutrice), Cerlita (notre femme de ménage) aidées de quelques voisins ont déjà transformé notre école en centre d'accueil.

Dimanche. Dès le lever du jour, je visite les lieux. Les familles sont déjà occupées à récupérer le moindre bout de ferraille revendable. Tout est rasé, il ne reste rien. Comment vont-ils se nourrir?

Mobilisation d'urgence. Je rappelle tous les membres de l'équipe philippine et, à 11h, convoque tous les bénéficiaires non affectés à une réunion. Alouette Foundation achète les premiers 5 sacs de riz (250kg) que les mères de famille font cuire individuellement à la maison. Un autre groupe se charge d'acheter des légumes et du poisson. Nous improvisons une cuisine dans la cour de l'école. A 13 heures, un groupe, composé de notre équipe et de familles volontaires, se rend au gymnase de Pasay City East High School, le centre d'évacuation officiel géré pas la DSWD, et y distribue plus de 200 repas préparés.

Je contacte quelques personnes dont la très généreuse présidente d'Alouette Foundation, Mrs Kalaw, afin de lancer un appel à générosité. Notre formateur informatique organise un appel massif vers la France par e-mail.

Les dons arrivent, sacs de riz, conserves, nouilles, soupes, vêtements usagés. Par bonheur, d'autres aides provenant principalement de politiciens locaux parviennent au centre d'évacuation. Le soir, nous sommes en mesure de fournir de nouveau plus de 200 repas. Une cinquantaine de repas supplémentaires sont livrés directement à l'autre extrémité du quartier incendié, au Barangay 153.

Lundi. Nous décidons de suspendre l'école car nous avons besoin des locaux pour entreposer les dons en nature qui affluent, notamment les sacs de riz et les vêtements à trier. Les politiciens nationaux et quelques oeuvres de charité font parvenir leurs cartons de nourriture et autres nécessités directement sur le centre d'évacuation.

A Alouette Foundation, en fonction des dons reçus, nous sommes en mesure de cuisiner de nouveau le même nombre de repas que la veille et préparons le lendemain car nous savons que la plupart des dons cesseront alors d'arriver.

En fin de journée, par autorité municipale, les familles sont obligées d'évacuer l'école qui doit rouvrir le lendemain et doivent se rendre dans le gymnase couvert de Malibay Plaza. Toutes les familles ne s'y rendent pas. La DSWD en recense 225. Nombreuses sont celles qui, ayant peur de voir leur pièce de terrain occupée par d'autres, préfèrent retourner s'installer près de ce qui fut leur demeure.

Mardi. Au début de chacune des quatre cessions du Day Care Center, les parents d'élèves délivrent leur paquet de générosité. Grâce à la générosité de tous, riches et pauvres, nous sommes en mesure de délivrer un Jeepney débordant de dons.

La distribution commence à 14h; deux kilos de riz par famille, 5 sachets de nouilles, des conserves, un sac de vêtements. Une pluie torrentielle s'abat soudainement sur le gymnase. Il nous faut interrompre momentanément la distribution pour nous recentrer dans le bâtiment car les côtés ne sont pas couverts et, bénéficiaires et volontaires sont déjà trempés.

Mercredi. Alouette Foundation continue à recevoir des dons et envisage une distribution en fin de journée.

Cette opération d'urgence est une première pour notre association. Plus qu'une question "d'avoir les moyens de", nous avons prouvé notre capacité de rassembler pour une cause urgente. Cette action marquera Alouette Foundation à jamais. Le dévouement de mères de familles du programme de parrainage, des parents d'élèves d'Harmony Day Care Center, de l'équipe philippine, la générosité de nos amis, les plus aisés et les plus humbles, ont démontré que l'esprit "bayanihan" soufflait encore sur les Philippines.

Bayanihan (travail, action en commun)

Bernard Pierquin